31/03/2017

Main basse sur l’argent des travailleurs: PV2020

Prevoyance.jpg

Certaines vérités ne sont jamais mises en doute par la pensée collective. Une de ces vérités est la suivante : « Le patronat assume, à part égales avec les salariés, les charges sociales relatives aux salaires ».

Pour notre part, nous convertissons cette vérité par : « Uniquement les salariés assument l’entièreté des charges sociales ».

Ce qui donne une toute autre vision quant à la place du monde patronal dans le domaine des fonds de prévoyance vieillesse (Fonds AVS, Caisses de pensions).



Petite leçon d'économie: la production d’entreprise

Nous allons décortiquer cette vérité en diverses étapes d’analyse au travers d’un cas.

Supposons une entreprise qui produit des meubles à partir des éléments suivants : le bois (capital naturel) ; les heures de travail des menuisiers (c’est-à-dire la force de travail en heures et leur savoir-faire) et une infrastructure (machineries et outils, qui constituent le capital physique).

Production.pngAvec les « facteurs de production » que sont le « travail » et le « capital », détaillés précédemment, le patron de l’entreprise va pouvoir, en une année de travail, vendre suffisamment de meubles pour obtenir un chiffre d’affaires supérieur aux charges de l’entreprise, ce qui génère un bénéfice.

Les « facteurs de production » sont tous rémunérés ; à savoir que la matière première est payée en liquide au bûcheron dans notre exemple, le capital physique que constitue les machines est amorti (dépréciation) et la force de travail est payée tant aux employés (salaires nets) qu’aux caisses AVS et caisses de pension (charges sociales).


L’entreprise vit dans le « présent »

patrons yatch.jpgL’employeur décaisse et comptabilise toutes les charges de l’entreprise (rémunération des facteurs de production) dans la même période qu’a lieu les ventes, ce qui nous donne une comptabilité d’entreprise tout à fait correcte du point de vue de la logique économique : revenus et charges correspondent du point de vue temporel.

À tout moment les patrons peuvent clore l’activité de l’entreprise, en vendant ou en dissolvant la société si la fortune est dans chiffres positifs, et vivre sous les cocotiers de rentes du capital.


La rémunération des travailleurs est différée en partie dans le temps

andre.jpgConcernant les employés, l’État a souhaité légiférer, avec une certaine logique de prudence, en instituant qu’une partie du revenu du travail soit prélevé sous forme de charges sociales et soit versé dans le futur aux travailleurs, sous forme de pensions : LAVS, LPP.

Concernant la rémunération de la prestation « travail » auprès des salariés, cette dernière est effectuée par l’employeur également dans le présent en payant le « salaire net » et les « charges sociales » auprès des institutions de prévoyances. Ces dernières seront converties par l’institution de prévoyance sous forme rentes (du premier et deuxième pilier) qui seront versé à l’âge de la retraite.


La mutualisation

mutualisation-678x324.jpgEn effectuant le paiement des charges sociales à l’institution de prévoyance, l’entreprise a clos son dû envers l’employé (versement des salaires nets et cotisations sociales) et passe la main à cet organe afin de convertir les cotisations sociales en rentes futures aux travailleurs.
De ce fait, il n’y a que le monde des travailleurs qui restent concernés par l’argent figurant dans les institutions de prévoyance ; qui a été mutualisé, à l’instar d’une traditionnelle « mutuelle ouvrière » à versements volontaires.

Les employeurs disposent de bien moins de contraintes sur la disponibilité du produit de l’activité de l’entreprise : bénéfice annuel. C’est étrange que l’Etat n’ait jamais légiféré sur une éventuelle mutualisation d’une partie des bénéfices des entreprises, à l’instar d’une partie des rémunérations des employés ; ne serait-ce que pour leur venir en aide lors de crises financières. Il y a peu, les banques nous ont prouvé leur vulnérabilité suite à leur exposition dans les marchés (spéculatifs) boursiers et financiers.

La question reste toujours ouverte : « pourquoi le patronat se positionne en tant que codécideur, à part égale avec les salariés, sur la masse d’argent appartenant aux employés (fortune des caisses de prévoyance vieillesse), alors qu’il n’a plus à y être, car il a déjà consommé la prestation « travail » fournie par les employés et y a d’ailleurs converti les ressources de production en un résultat financier (bénéfice) ? ».


La manipulation de langage

o-MAFIA-facebook.jpgNous remarquons que le politique a manipulé le langage, afin de donner indûment au patronat des droits de regard sur la gestion des fonds de pension ; en utilisant les termes de « part employeur » et « part employé » lors du calcul des cotisations, alors que ces fonds ne concernent que les salariés.

En définitive la contrepartie contractuelle à la prestation « travail » fournie par les salariés c’est la contre-prestation « salaire brut (réel) = salaire net + charges sociales ». Ces charges sociales sont en réalité bien assumées par les salariés et concernent la partie de rémunération qui est reportée sur le futur à partir de l’âge de la retraite.


La gestion illogique des fonds de prévoyance

img587c9fdd9adff.pngIl est incroyable de constater que la fortune exclusivement propriété des travailleurs suisses, figurant dans les fonds de prévoyance, est investie en partie dans le reste du monde dans le but de tirer quelques bénéfices hasardeux (risques financiers et de changes) ; soit en mettant en péril des postes de travail ici et là, soit en plaçant dans des business douteux et immoraux : allant à l’encontre des valeurs mêmes des travailleurs (y.c. suisses).

En participant au dispositif spéculatif, pour quelques bénéfices espérés, les investissements des fonds de prévoyance vieillesse affaiblissent l’environnement de travail des salariés avec leurs propres avoirs.

Les divers conseils d’administration des fonds de prévoyance vieillesse devraient avoir pour principe premier de ne pas nuire aux intérêts mêmes des propriétaires de ces fonds.

grece 2.jpgDans l’ère de l’uberisation incontrôlée menée par le patronat, nous les travailleurs, souhaitons également optimiser nos placements en minimisant les risques sur nos avoirs et en préservant nos emplois, tout en freinant la précarisation de notre société.


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QUI EST Manuel ALONSO UNICA ?

Commentaires

Monsieur,

En complément, je souhaite apporter une pièce maîtresse au « puzzle » PV2020 dont quelques pièces sont présentées dans votre billet. Merci pour votre éclairage.

Je veux parler de l’inégalité de traitement salariale des travailleuses en suisse et l’inégalité de PV2020 à leur égard. Les forces de travail des femmes profitent au patronat et les inégalités se creusent.

Je m’explique.

A travail égal, salaire égale entre les femme et les homme ?
Non, selon les chiffres de l’Office fédérale des statistiques (OFAS) les femmes sont moins bien payées de 20% en moyenne que les hommes.

Des conséquences sur les cotisations sociale de la salariée ?
Oui. Pour un travail équivalent sous toutes coutures, une travailleuse aura un revenu inférieur de 20% et cotisera donc moins à l’AVS. Le patron « gagne » et le travailleur « perd » cette différence, notamment.
Pour le même job, la rente AVS d’une femme sera inférieur à celle d’un homme alors que le bien, le service qu’elle a produit a la même valeur pour le marché. Cette inégalité existe et est combattue, certes. Elle reste pourtant en total dissonance avec la constitution fédérale (Grâce à la loi fédérale sur l'égalité entre femmes et hommes en vigueur depuis 1996).

PV2020 dupe les femmes sous couvert de l’égalité ?
Oui. Les femmes devront travailler une année de plus de leur dure labeur pour atteindre la retraite alors qu’elles ont un revenu 20% inférieur aux hommes et cotisent moins.
En conséquence les retraites AVS des femmes sont bien inférieur à celles des hommes, malgré le fait qu’ont leur demande de travailler une année de plus.
Et personne ne réagis.

PV2020 : un malaise pour les travailleurs ?
Oui. PV2020 ne propose pas des solutions pour résoudre les inégalités entre les salaires des hommes et des femmes et donc des inégalité dans les COTISATIONS! C’est pourtant le point de départ.
Sans gêne Monsieur Berset, puisqu’il propose un rallongement de la durée de cotisation des travailleuses d’une misérable année, sachant que celle-ci ne comblera jamais un manque de 20% de leurs cotisations AVS durant le travail d’une vie.

Ciao, bonne

Écrit par : lulu | 02/04/2017

Bonjour Lulu,
Effectivement je pense que les femmes vont faire l'objet du plus grand effort sans récompense du plan Berset. Comment peut-on etre féministe et voter oui pour PV2020?
Ce plan a obtenu la majorité des voix tant en consultation auprès des Délégués de l'USS, Unia, SSP, Femmes Socialistes.
Même Pro Senectute est POUR ... mais cela s'explique par le fait qu'elle s'alimente directement du Fonds AVS d'une subvention plus que confortable ...http://www.tdg.ch/suisse/controle-finances-epingle-pro-senectute/story/14349767
Je suis certain que les personnes qui comprennent quelque chose au mécanisme de 2e pilier ... seront immédiatement CONTRE
Par contre les personnes qui maitrisent mal ce domaine, risquent de voter POUR... Càd les personnes les plus crédules qui ne veulent pas de conflit social.
Et voilà que le patronat prend des kilos en plus !

Écrit par : Manuel Alonso Unica | 05/04/2017

Monsieur Alonso Unica,
Vous avez tout à fait raison de rappeler que les travailleurs sont propriétaires de leur argent dans les caisses de pension AVS et LPP.

Fort de votre démonstration, j'appellerais les citoyens à veiller plus activement! En cas d'effondrement imminent des économies et des monnaies, il faut pouvoir limiter, dès à présent, la prodigalité de la BNS.

Nous avons à faire à une kleptocratie qui bénéficie de la confiance docile du Conseil Fédéral composé notamment du grand patronat bonimenteur et des aventuriers de la finance.
Comment allons-nous faire pour reprendre une initiative qui rétablisse la juste taille et les justes attributs de chacun tout en récupérant notre propriété: cet argent, fruit de notre travail, épargné de génération en génération, ces salaires différés conservés dans les caisses, celles-ci doivent être capables de restitution aux retraités.
Mais cet argent pourrait partir en fumée dans les libéralités des banques par des prélèvements confiscatoires qui poussent à ces placements toxiques... La mondialisation des affaires est en train de déglutir des usines, des sociétés, des brevets, y compris les petites banques... Pourquoi ne le ferait elle pas avec nos économies!?

Je pense qu'il y a des pistes d'actions légales à entreprendre. Une mobilisation responsable des travailleurs et des élus à faire décoller... je m'inquiète pour nous, retraités, et pour nos enfants qui paient un tribut toujours plus lourd sans être assurés, à leur tour, d'en bénéficier.

https://lilianeheldkhawam.com/2017/04/04/bns-nous-devons-la-faire-auditer-par-des-locaux-loyaux-avant-la-potentielle-catastrophe-liliane-held-khawam/

Écrit par : Beatrix | 04/04/2017

Monsieur Alonso Unica l'aviez vous lu?
Cet article sorti dans la Tribune de Genève de ce matin. Je suis ravie que l'initiative ait récolté suffisamment de signatures pour être mise au plébiscite prochainement.

Un bon moyen pour se réapproprier les dépôts et le contrôle du trafic local des liquidités. Les banques ne seront, en rien, prétéritées dans cette redistribution des compétences.

Les taux négatifs sont une hérésie. C'est du hold up.
Je plaiderais donc pour cette protection contre la prédation des affairistes qui veulent des profits d'argent sur notre dos.

Produire de l'argent à partir de l'argent, c'est produire de la soustraction aux avoirs appartenant à tiers. En plus des substantiels retours sur prêts étrangers adossés au franc suisse. Toujours à partir de notre argent déposé en masse. Le franc fort ne pénalise pas les exercices des banques hors du sol suisse. Il fructifie et les fruits sont juteux.

http://www.tdg.ch/economie/35-milliards-benefices-injustifies-suisse/story/13683529

Écrit par : Beatrix | 05/04/2017

Bonjour Beatrix,
Je viens de lire l'article sur la monnaie pleine que j'avais soutenu lors de la récolte.
C'est effectivement ce qu'il se passe sous nos yeux ... je crains que l'on soit un peu plus esclavisés que ce que l'on pense.
Personnellement, j'ai contribué au coté légal à l'instauration du Léman.
Je pense que je vais devoir me pencher plus sur la question pour en faire une fois une synthèse vulgarisatrice ... pour que les gens puissent au moins être avertis ... et ils sont libres de faire ce qu'ils veulent ... mais sincèrement même en matière de droit, l'on protège les individus contre eux-memes en les mettant sous tutelle.
Je me demande à quelle mesure le syndrome de stockholm n'a pas dévasté l'humanité, veulent-ils cela?

Écrit par : Manuel Alonso Unia | 05/04/2017

Un billet tout à fait remarquable, de clarté, de synthèse, et de concision.

Écrit par : Chuck Jones | 05/04/2017

Merci Chuck,
J avais reflechi cette idee depuis longtemps... et vu que cette application de manipulation de langage est universelle dans tous les pays occidentaux, je devais bien etre sûr de mes propos... et synthetique et comprehensible.
Je sais que la problematique du fonctionnement technique de la LPP echappe a bcp de gens et est assez complexe et empreint de nuances. Et je veux un jour prendre le temps a bien l expliquer (a la portee de tous).
Merci encore pour vos compliments qui me vont droit au coeur.

Écrit par : Manuel Alonso Unica | 05/04/2017

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